Revue Hermès n° 78 | Les élèves, entre cahiers et claviers. Sous la direction de Vincent Liquète et Benoit Le Blanc.

 

Depuis les années 1980, les technologies de l’information et de la communication (TIC) et le numérique sont entrés à l’école. De nombreuses transformations ont affecté tous les systèmes éducatifs du monde. Ainsi, en France, ces changements se sont traduits par plus d’une dizaine de réformes successives. Mais au-delà des technologies impliquées, des équipements nécessaires et des apprentissages incontournables, le numérique véhicule avec lui des aspects de modernité, d’innovation et d’évidence.
 

Dès lors, est-il encore possible de s’interroger sur les résonances ou dissonances qu’il apporte dans le monde « formaté » de l’école ? C’est ce que propose ce numéro de la revue Hermès en réfléchissant aux nouvelles modalités du face-à-face pédagogique, aux difficultés comme aux idéaux liés à l’entrée du numérique dans l’école, de la maternelle au lycée.
 

Quel est le sens à accorder aux investissements financiers colossaux que ces programmes appellent ? En quoi le métier d’enseignant et le rôle de l’élève ont-ils changé ? Comment l’école s’est-elle organisée face aux géants de l’Internet ou face aux logiques du logiciel libre et des biens communs ? Quelles idéologies traversent ce mouvement, où cohabitent les utopies numériques autant que les promesses de l’immense marché du savoir ? Entre demandes sociales et exigences du marché du travail, que reste-t-il de la dimension critique et revendicative vis-à-vis de l’information ? Chercheurs, penseurs et acteurs examinent ici les logiques à l’œuvre dans ce domaine et certaines lignes de tension qui le traversent. Le corps enseignant subit des injonctions pour utiliser, intégrer et s’approprier massivement le numérique.


Facteur d’émancipation ou d’inégalités, de modernité ou de dépendance aux industries du numérique, la question fait controverse. Les contributions de ce numéro invitent à adopter un regard analytique et critique sur la place de ces nouveaux outils à l’école.

 

 

Revue Hermès n° 66 | En librairie le 29 août 2013 

 

Classer est souvent la première opération intellectuelle. Mais catégoriser, classer, déclasser, classifier ne sont pas de simples activités de mise en ordre du monde. Ces opérations représentent également des modes d'exercice de pouvoir de nature intellectuelle, culturelle, politique. Le classement contribue certes à mettre de l'ordre, mais aussi à rigidifier les distinctions, à naturaliser des hiérarchisations, à justifier la marginalisation de groupes sociaux et culturels, souvent à imposer une logique marchande. Qu'il s'agisse de classifications documentaires et disciplinaires ou de palmarès très médiatisés comme celui de Shanghai pour les universités, les outils de classement prennent diverses formes, matérialisent des valeurs et des stratégies, orientent notre regard sur le monde.

Avec l'émergence des réseaux numériques, la mise en place des normes et l'essor des « Big Data », les outils de classement se transforment et gagnent en puissance. Quel pouvoir est exercé par les acteurs du classement, et selon quelles logiques ? Si l'universalisme a pu favoriser l'univocité des classifications, celles-ci s'ouvrent désormais au dialogue, engendrant négociations, suscitant contestations et débats. Cette dimension délibérative se perçoit à travers les activités de groupes de pression, de lobbys, de réseaux constitués autour d'enjeux majeurs qui d'ailleurs nous concernent tous : comment désigner et classifier le handicap, les maladies mentales ou les sujets scientifiques prêtant à controverse comme le développement durable ? Quelles normes techniques appliquer à la mise en réseau des langages documentaires ? Comment former un contre-pouvoir à la puissance classificatoire de Google ?

Face aux technologies du numérique et à la croissance exponentielle des données, des acteurs et des organisations tentent progressivement de contrecarrer les tendances hégémoniques anciennes et nouvelles de mise en ordre du monde, en mettant en avant une activité de classification participative et créative.

Coordonné par Vincent Liquète et Susan Kovacs, supervisé par Jacques Perriault et Bernard Valade.